Burundi-grossesses en milieu scolaire: quand le ministère de l’éducation expose la jeune mère célibataire et son nouveau-né à une vulnérabilité à vie

 Burundi-grossesses en milieu scolaire: quand le ministère de l’éducation expose la jeune mère célibataire et son nouveau-né à une vulnérabilité à vie

Les grossesses en milieu scolaire constituent un véritable défi pour la scolarisation et l’avenir des victimes. Ces dernières se retrouvent laissées à elles-mêmes et exposées à toute forme de vulnérabilité. Les tentatives de solutions à ce fléau, comme l’ordonnance ministérielle n°…. tendent plutôt à empirer la situation des victimes.

N.D., 16 ans, a été victime d’une grossesse non désirée en milieu scolaire au cours de  l’année scolaire 2020-2021.  “Je me préparais pour le test de 9ème  année, indique-t-elle,  mais par malchance je suis tombée enceinte. J’ai été renvoyée de l’école pour rater deux ans. Ce qui m’attendait  était encore plus dur car, chaque fois que je croisais  mes anciens camarades de classe, je ne pouvais pas contenir mes larmes ! ».  N.D a été chassée de la maison familiale par ses propres parents, qui ne cessaient  de lui répéter qu’elle n’a plus de valeur. « Que pouvais-je faire ? y avait plus de choix : je me suis mariée. Par nécessité. Et du coup mes rêves étaient brisés ». regrette-t-elle, appelant les autorités burundaises à revoir l’ordonnance ministérielle qui oblige les élèves devenus filles-mères à attendre deux ans pour reprendre l’école. « En effet, explique-t-elle, cette ordonnance compromet l’avenir de l’élève-mère et celle de son nouveau-né ».

Les filles burundaises victimes de grossesses en milieu scolaire sont, depuis 2021, discriminées par une ordonnance ministérielle, qui précise qu’elles réintègrent l’école dès que l’enfant atteint 12 mois, au moment où le garçon auteur de grossesse réintègre l’école l’année suivante. Cette ordonnance est venue violer la loi spécifique sur les VBG, qui souligne que l’autorité scolaire et académique doit réintégrer à l’école l’enfant victime de grossesse non désirée le plus rapidement possible. Les associations œuvrant pour les Droits de l’Enfant ont toujours plaidé pour le respect de cette loi, en vain.

Quand une ordonnance contredit une loi spécifique

David Ninganza, directeur du centre de protection de l’enfant et chef du programme protection, prévention et plaidoyer à la Solidarité de la Jeunesse pour la Paix et l’Enfance (SOJPAE), accuse le ministère de piétiner les droits de la fille burundaise. « il n’y a pas de référence pour qu’un enfant victime de grossesse non désirée retourne à l’école après 12 mois d’allaitement. Ce qui est grave, selon l’article 71, le garçon auteur de grossesse réintègre l’école l’année suivante. C’est une exclusion de sanctionner différemment des élèves régis par le même règlement ». A-t-il dit.  M. Ninganza affirme avoir rencontré le ministère de l’éducation, les parlementaires, les différents services de la protection de l’enfant, le ministère de la solidarité, le ministère de la jeunesse et celui de la justice à ce sujet. Mais rien n’a été  fait jusqu’ici.  Il qualifie cette situation de « violation de la loi par une structure de l’Etat ».

Les filles chassées de l’école à cause des grossesses non désirées sont exposées aux mariages précoces et à la prostitution. Parfois elles se suicident ou commettent des infanticides, particulièrement lorsqu’elles se retrouvent rejetées par leurs  familles et la société. « La seule façon pour garantir la survie de l’enfant c’est l’autonomisation de sa maman. Si elle est exclue de l’école, l’enfant et la maman sont éternellement vulnérables « , souligne M. Ninganza. Pour lui, cette ordonnance  n’a pas songé au nouveau-né. Pire encore, elle lui fait du mal, quand on sait comment les mères célibataires sont considérées par  la société et par les familles burundaises.

Les défenseurs des droits humains appellent les autorités à revoir l’ordonnance ministérielle N° 620/1078 du 19/juin 2020

Moïse Ngomirakiza, membre du comité des parents de l’école fondamentale Kigasha, en commune Giteranyi, se dit inquiet de l’ordonnance  ministérielle qui discrimine les filles et les pousse à abandonner l’école. “La réintégration des filles victimes des grossesses non désirées revient parfois dans les débats des réunions des parents mais aucune solution n’est jamais été  trouvée. La question devrait être soumise aux hautes autorité.” Même son de cloche chez David Ninganza.

Selon le rapport du Ministère de l’Education Nationale et de la Recherche Scientifique,  1019 élèves ont été victimes de grossesses non désirées au cours de l’année scolaire 2021-2022. Les provinces qui enregistrent les plus grands  nombres de cas étaient  Rumonge, Muyinga et Bujumbura. Parmi toutes ces victimes, seules quatre ont pu réintégrer l’école après grossesses.

Fleur Mariette Muhire

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