L’entrepreneuriat féminin face à moult défis

 L’entrepreneuriat féminin face à moult défis

De nos jours, la question d’entrepreneuriat est sur toutes les lèvres, des décideurs politiques du Burundi aux paysans, en passant par les organisations non gouvernementales. Des discours d’encouragement envers les jeunes sont souvent prononcés. Parfois des soutiens sont accordés aux jeunes qui se lancent dans l’entrepreneuriat. Néanmoins, le taux des jeunes filles qui se lancent dans l’entrepreneuriat reste faible. Quelles sont les raisons ?

Les jeunes filles affichent des faibles taux dans les affaires. Selon une étude réalisée par le Centre Universitaire de Recherche pour le Développement Economique et Social (CURDES) de Janvier 2022, sur les déterminants du Comportement entrepreneurial des jeunes diplômés burundais accompagnés par le Burundi Business Incubator (BBIN), il a été constaté une faible participation des femmes dans les affaires. Sur 342 jeunes enquêtés par le CURDES, 88 seulement étaient des filles, soit 25, 7%. Très récemment, sur 25 jeunes talents ayant des projets innovants sélectionnés et formés par l’Agence de Développement du Burundi (ADB), les femmes étaient seulement au nombre de 5, soit 23%.

La prudence des femmes, la principale cause ?

L’étude du CURDES montre que cette faible participation des femmes dans les affaires est due à la prudence qu’ont naturellement les femmes. Selon cette étude, ces proportions ont été aussi observées en France métropolitaine et dans les départements d’Outre-Mer en 2006. Sur 15112 créateurs d’entreprises, 11356 étaient des hommes, soit 75% contre 3756 femmes, soit 25%. La raison donnée à ce résultat était l’attention au risque qui serait plus grande chez les femmes en matière de l’entrepreneuriat car cette décision dépend des préférences face aux risques.

« Pas mal des jeunes filles n’osent pas se lancer dans les affaires. Certaines ont peur d’investir par crainte de tomber en faillite », affirme Cynthia Mahoro, 25 ans. Cette jeune fille qui vient de s’engager dans la vente des habits au marché de Kamenge précise qu’elle a passé deux ans à la maison après la fin de ses études universitaires.

A cela s’ajoute le découragement de la famille. « Certains membres de la famille me décourageaient que je ne m’en sortirais pas. Ils me disaient de chercher du travail de bureau ». Mahoro se réjouit qu’elle enregistre actuellement des profits et ne compte pas s’arrêter.

Des obstacles socio-culturels

Selon toujours l’étude du CURDES, la faible participation des femmes dans les affaires est due également aux obstacles socio-culturels africains qui font que les femmes soient soumises à leurs maris. Selon les auteurs de l’étude, en Afrique, l’esprit entrepreneurial des femmes est étouffé par les maris qui sont peu disposés à leur permettre de devenir riches de peur qu’elles ne deviennent dures et rebelles vis-à-vis d’eux.

C’est ce qu’affirme Estella Ndayihimbaze, une des jeunes filles entrepreneures bénéficiaire de la formation de l’ADB. La culture burundaise ne favorise pas les jeunes filles à entreprendre, reconnaît-elle. « Dans le passé, les femmes restaient à la maison et préparaient le repas pour leurs maris. Elles dépendaient toutes des hommes », explique-t-elle. Et de déplorer : « Il n’y avait pas de sensibilisation sur l’entrepreneuriat de femmes ». Pour cette jeune fille, avec la vie qui devient de plus en plus difficile, les femmes doivent entreprendre et s’impliquer dans la vie des familles.

Des projets innovants non soutenus

Estella Ndayihimbaze qui vient fraichement de terminer ses études de Master en Génie Informatique à l’Université du Burundi informe que les projets des jeunes filles font face au manque de soutien. Elle développe un projet de système d’irrigation automatique. « Au Burundi, l’économie dépend de l’agriculture. Malheureusement le pays reste pauvre car l’agriculture n’est pas développée. Malgré l’abondance en eau, j’ai constaté que les agriculteurs ne recourent pas à l’irrigation des champs, surtout pendant la période de la saison sèche », fait-elle savoir. Et si certains parviennent à capter et canaliser l’eau, ils le font de manière désordonnée, parfois en mettant beaucoup d’eau.  Ce qui va causer la détérioration des terres ». D’où son idée de développer une application d’irrigation intelligente qui va aider les agriculteurs à contrôler l’irrigation de leurs champs à distance. « Cette technique va détecter le moment d’irriguer et d’arrêter », explique-t-elle. Néanmoins, cette jeune femme dit faire face au manque de moyens financier et technique étant donné que les matériels vont être importés de l’étranger.

Elle propose d’appuyer les femmes ayant des idées innovantes ou qui ont déjà entrepris pour qu’elles soient des modèles aux autres. Elle lance un appel aux jeunes filles d’oser, de travailler car elles sont tous capables.

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