Les grossesses en milieu scolaire : une épine persiste dans le pied du système éducatif

Malgré une légère diminution, les cas de grossesses non désirées en milieu scolaire restent élevés. Chaque année, des milliers de filles quittent le banc de l’école. Un phénomène alarmant qui mérite une intervention à la mesure de cette problématique, selon l’Association pour la Promotion de la Fille Burundaise(APFB).

L’année scolaire 2022-2023 vient de commencer. Elle a été lancée officiellement par le ministre de l’Education et de la Recherche scientifique, lundi 12 septembre 2022. Une nouvelle année scolaire qui débute au moment où les grossesses non désirées demeurent une question épineuse pour le secteur de l’éducation.

1 323 cas de grossesses non désirées ont été enregistrés en 2021, dont 120 chez les filles de 10 à 14 ans, selon le rapport du Programme Nationale de la Santé et de la Reproduction (PNSR).

Les données du ministère de l’Education montrent que les cas des grossesses non désirées s’élèvent à 1195 pour l’année scolaire 2020-2021. Une petite diminution s’observe comparativement aux années antérieures. Ils étaient à 1518 pour l’année 2016, 1732 pour 2017, 1268 pour 2018 et 1233 pour 2019.

Certaines provinces en tête

Si les cas ont diminué dans certaines provinces, d’autres enregistrent encore des chiffres alarmants. Il s’agit des provinces Bururi, Kayanza, Muyinga où respectivement 110, 101 et 95 cas de grossesses ont été enregistrés pour l’année scolaire 2020-2021. Dans la province Bururi, les grands chantiers en construction amplifient le phénomène.

Selon Jean Nduwimana, conseiller socio-culturel du gouverneur, les employés des entreprises chargées de la construction du barrage hydroélectrique Jiji-Murembwe et de la route nationale n° 16 (tronçon Taba-Mahwa-Gakuba) figurent parmi les principaux auteurs de ces grossesses non désirées. Un grand nombre de cas s’observent dans les communes où se déroulent ces activités, à savoir Matana, Songa et Bururi.

Plusieurs facteurs à l’origine

Selon une étude réalisée en 2013 par le gouvernement du Burundi, en collaboration avec le Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA), plusieurs facteurs sont à l’origine des grossesses non désirées en milieu scolaire. Il y a ceux liés à l’environnement socio-économique et culturel des filles concernées, au manque d’informations sur la santé sexuelle et reproductive ainsi que les facteurs psychologiques et psycho-sociaux.

Les grossesses en milieu scolaire sont concrètement liées à la pauvreté dans les familles, au harcèlement sexuel, aux viols, à la « prostitution pédagogique », à l’ignorance des méthodes contraceptives, à l’abus de l’alcool et la prise des drogues, à la mauvaise utilisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication ainsi qu’au relâchement de l’encadrement parental.

L’Association pour la Promotion de la Fille Burundaise (APFB) insiste surtout sur l’absence du dialogue parent-enfant sur la sexualité.  « Depuis longtemps, il n’y a pas de dialogue entre les parents et leurs enfants sur la sexualité », précise Claudette Niyonzima, représentante légale de cette association.

Claudette Niyonzima évoque également la pauvreté : « Elles sont victimes des grossesses non désirées parce que, de temps à autre, elles n’ont pas les moyens pour satisfaire les besoins primaires.» Leur précarité économique les pousse à fréquenter des personnes qui les obligent à avoir des rapports sexuels en contrepartie de leur aide pour survivre.

Les conséquences sont énormes

Mariages précoces, abandons scolaires, avortements et discriminations sont, entre autres, les conséquences observées. « Elles courent des risques parfois mortels parce que leurs corps ne sont pas encore arrivés à maturité», ajoute la représentante légale de l’APFB.

Cette dernière propose de miser sur des sensibilisations : « La famille est le premier espace où les enfants peuvent avoir des informations fiables. Il faut que le dialogue se développe dans ce cadre. »

Ce phénomène persistant mérite une intervention à la mesure de cette problématique, selon l’APFB. « Il est nécessaire qu’il y ait des recherches en la matière car, parfois, des projets sont initiés ou mis en place sans tenir compte des besoins et des problématiques réels de ces grossesses », explique Mme Niyonzima. Elle propose également des sensibilisations au niveau des écoles : « Il faudrait au minimum réserver du temps pour expliquer les notions de base sur la sexualité. »

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