Lutter contre les violences basées sur le genre : Nyankobwa, une femme Twa qui sort de l’ordinaire

 Lutter contre les violences basées sur le genre : Nyankobwa, une femme Twa qui sort de l’ordinaire

Kabirori Nyankobwa, agent de la santé communautaire sur la colline Gatoki de la commune Muyinga.

Dans un petit village reculé de la province Muyinga, au cœur des collines verdoyantes de la zone Rugari sur la colline Rutoki, réside une femme exceptionnelle. Son engagement en faveur de la lutte contre les violences basées sur le genre fait écho au sein de la communauté. Nyankobwa est comme un phare pour sa communauté. Elle se distingue par ses actions et son engagement inébranlable en faveur de la lutte contre les VBG, ainsi que le bien-être de la femme Twa de Muyinga.

Lorsque nous arrivons chez Kabirori Nyankobwa, elle nous accueille devant sa maison avec des mots de bienvenus pleins d’humour qu’elle met en musique. Cerise sur le gâteau, elle nous accueille avec une danse très originale, propre à elle. Son visage est toujours rayonnant avec un sourire très chaleureux qui se transmet comme une contagion. Âgée de 65ans, veuve et mère de trois enfants, Kabirori Nyankobwa a perdu son mari très jeune.  Elle a élevé ses enfants toute seule en essayant de subvenir à leurs besoins autant qu’elle le pouvait. Elle sort de l’ordinaire de la communauté Batwa :« On dit souvent que nous les Batwa nous vivons de la poterie et de la mendicité. Moi je fais de la poterie oui, mais je cultive aussi pour avoir à manger et avoir de l’argent pour couvrir d’autres besoins », raconte-t-elle.

Vingt ans comme agent de santé communautaire, ses journées se résument à aider les familles de sa localité. Nyankobwa s’est découverte leader: « J’ai commencé jeune en tant que simple passe-temps, mais au fil du temps, de plus en plus de personnes sont venues me consulter pour des questions de santé ou de conseils. C’est ainsi que j’ai rejoint les agents communautaires. J’ai toujours eu aussi à cœur d’aider les personnes dans le besoin, en particulier les femmes et les enfants et de promouvoir une masculinité positive au sein de ma communauté ».

Un ouf de soulagement dans la communauté de Rutoki

Grâce à son dévouement et à sa détermination, Kabirori Nyankobwa a sû changer les mentalités et apporter des changements concrets dans la vie des habitants de sa colline. Aujourd’hui, les cas de viol ont sensiblement diminué dans sa localité et la plupart des personnes qu’elle accompagne sont des femmes qui accouchent ou celles qu’elle mobilise pour l’usage des méthodes contraceptives. « Avant notre collaboration avec Nyankobwa dans lutte contre les VBG, on recevait beaucoup de cas de viol par trimestre sur sa colline et la plupart des auteurs étaient Batwa. Aujourd’hui on ne reçoit que un ou deux cas par trimestre. Il arrive qu’on ne reçoit même personne », fait savoir Euphémie Ndayiragije, titulaire du Centre de Santé de Gatongati .

Son approche novatrice et engagée a permis de briser les tabous et d’ouvrir des discussions cruciales au sein de sa communauté conservatrice. Elle collabore aussi avec les autorités. ‘’Nyankobwa contribue beaucoup dans la société et participe dans la bonne survie de la colline en aidant les familles et les jeunes. Elle se distingue des autres par ses actions en faveur de sa communauté. C’est un plus de l’avoir sur notre colline », nous apprend Innocent Niyonkuru, chef de la colline Rutoki.

Une communauté heureuse grâce à Nyankobwa

L’entourage de Nyankobwa témoigne de sa bravoure dans la lutte contre les VBG et il y a beaucoup de retombées au sein de nombreuses de familles. « Avant, je ne comprenais pas l’importance de limiter le nombre d’enfants pour garantir un avenir meilleur, et j’étais polygame et battais plus souvent ma femme. Grâce aux enseignements de Nyankobwa, j’ai abandonné ces pratiques néfastes », témoigne Issa, le gendre de Nyankobwa. Il affirme qu’il avait même interdit à sa femme d’utiliser les méthodes contraceptives mais que ce n’est plus le cas aujourd’hui : « Ma femme utilise maintenant des méthodes contraceptives. Je dépensais aussi sans compter chaque fois que j’avais de l’argent, mais désormais, ma femme et moi planifions des projets pour le développement de notre famille, chose qui porte des fruits ; j’en suis très heureux de même que les membres de mon foyer. »

L’ entourage de Kabirori Nyankobwa.

Mais Kabirori Nyankobwa ne s’arrête pas là. Sensible aux enjeux de la santé sexuelle et reproductive dans la lutte contre les VBG, elle dispense des enseignements sur une sexualité responsable aux jeunes à travers des sketches et des danses ludiques, ‘’imbuto itewe niyo imera’’ les jeunes devraient être les premiers à être sensibilisés sur la santé sexuelle et reproductive, car selon elle les jeunes sont souvent victimes d’ignorance.

Oser parler et briser le tabou

« En tant que femme, ce n’est pas évident d’aller devant une assemblée de gens et parler de planning familial et de contraception dans une communauté très conservatrice et réticente comme la mienne. Au début c’était très difficile, beaucoup ne comprenait pas, mais je ne me suis jamais découragée car il le faut pour que notre société puisse changer », affirme-t-elle.

Malgré les difficultés, elle a persévéré et les membres de sa communauté ont fini par comprendre et adhérer à ses actions. Son engagement et sa détermination ont permis de changer les mentalités et d’ouvrir des discussions importantes sur la santé sexuelle et reproductive au sein de sa communauté.  Elle continue la lutte à travers les projets innovants pour sa communauté. En 2023, elle a pu décrocher un prix de un million de francs Burundais de la part de l’Equipe Europe pour son projet sur l’utilisation des méthodes contraceptives.

Nyankobwa est une figure inspirante qui éclaire le chemin des femmes et des familles qu’elle rencontre. Son engagement et sa bienveillance illuminent le chemin des autres femmes et ceux qui ont eu la chance de croiser sa route.

Elle demande néanmoins à être soutenue car le travail d’agent communautaire est souvent bénévole et demande un investissement important en termes de temps ; ce qui l’oblige à y consacrer la quasi-totalité de ses journées. « Cela ne me permet pas de vaquer à mes occupations quotidiennes », regrette-t-elle.

Liena Offre Niyonkuru

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