Médias/Harcèlement sexuel : Le ver est dans le fruit

 Médias/Harcèlement sexuel : Le ver est dans le fruit
Ce vendredi 16 décembre, dans le cadre d’un café d’information, l’AFJO, en partenariat avec l’UNESCO, a présenté les résultats d’un sondage sur le harcèlement sexuel réalisé auprès d’une centaine de journalistes issus de trente médias locaux. Des chiffres d’une ampleur inédite.

Diane Ndonse, présidente de l’AFJO, estime que les chiffres récoltés à travers le sondage mené sont accablants dans une société où le harcèlement sexuel est un tabou. Ainsi, la présidente de l’AFJO rapporte que 57,2% des enquêtés ont reçu ou ont un ami qui a reçu des avances sexuelles, 25,4% des enquêtés déclarent que l’auteur est un supérieur hiérarchique ou une personne ayant une position hiérarchique supérieure à celle de la victime et que 42,9% des enquêtés déclarent que l’auteur du harcèlement sexuel est un homme.

Dans son propos, Mme Ndonse liste les façons de harcèlement sexuel subis par les enquêtés : traitement de faveur (avantages de service), invitation à sortir ensemble, des contacts physiques ou attouchements corporels, des cadeaux tendancieux, une fixation du regard sur les parties intimes, l’envoi de messages qui contiennent des images à caractère sexuel, propos impudiques, etc.

De surcroît, fait savoir Diane Ndonse, le sondage révèle l’absence d’un système efficace de remontée d’information en cas de harcèlement sexuel, les victimes n’ont pas de structure de recours, elles ruminent en silence les mots, les gestes et les comportements néfastes de leurs bourreaux. « Certains participants au sondage disent qu’ils ne peuvent pas dénoncer le harceleur de peur de représailles violentes ou de perte d’emploi ou de stage ou d’avantages de services », ajoute la dirigeante de l’AFJO.

D’après cette responsable de l’Association des Femmes journalistes, les harcèlements sexuels empêchent les femmes de s’épanouir dans leur carrière et peuvent contribuer à la mauvaise qualité des productions médiatiques et fragiliser les institutions médiatiques.

De son côté, Vestine Nahimana, présidente du CNC, juge que la loi de 2016 en rapport avec le harcèlement sexuel engage le CNC à veiller à ce que les programmes diffusés dans les médias ne contiennent aucune incitation à la discrimination et aux violences basées sur le genre. En outre, Mme la présidente du CNC dit espérer que l’union dans la lutte contre le phénomène de harcèlement sexuel dans les médias pourra remorquer d’autres secteurs. « Ainsi, nous aurons des milieux professionnels exemptes de harcèlement ».

« Je n’avais jamais autant été autant confrontée à du harcèlement que dans les médias » 

Aline Dusabe est journaliste à la Radio Bonesha Fm. Dans son témoignage qui a fait sensation dans la salle, elle évoque un univers des médias gangréné par le harcèlement sexuel. « J’ai déjà travaillé dans d’autres secteurs professionnels (Dans le passé, elle fut enseignante) mais je pense n’avoir jamais été autant confrontée à du harcèlement que dans les médias », indique-t-elle.

Cette professionnelle des médias rapporte ainsi des actes de harcèlement sexuel à son encontre de façon répétée. « Quelqu’un vient et te touche n’importe où n’importe comment, cherche à relever ta robe ou t’adresse des propos vulgaires ! C’est insupportable ! ». A cela, d’après Aline Dusabe, s’ajoutent des comportements problématiques de la part de collègues même au sein de studios d’enregistrement. « En ce qui me concerne, je n’ose prendre le risque de pénétrer dans le studio quand je sais qu’un certain collègue y est ».

La journaliste s’est félicitée de ce sondage de l’AFJO et a plaidé pour la protection des jeunes journalistes plus exposés, selon elle, au harcèlement sexuel dans la profession.

Willy Niyonkuru, directeur du journal en ligne Imboneza News, a demandé à ce qu’il y ait des moyens pour accompagner les dirigeants des médias pour la réalisation des stratégies formulées lors de ce café d’information. « Certains journaux n’ont pas de bureaux et d’autres partagent l’espace avec d’autres secteurs professionnels. Comment sera possible la transformation de nos locaux pour répondre aux normes exigées en matière de prévention du harcèlement sexuel comme l’installation de vitrines, … Y aura-t-il un paquet retour ? »

Enfin, les parties prenantes, ont adoptées des stratégies de lutte contre le harcèlement sexuel parmi lesquelles : la mise en place d’une structure d’écoute et d’orientation, l’instauration d’un numéro vert où les victimes peuvent appeler pour dénoncer des actes de harcèlement sexuel, garantir aux victimes une protection et le soutien moral et financier aux victimes.

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